Je l'ai écris il y a assez longtemps, je ne sais pas quoi en dire, je l'ai écrit tout de même.
________C'était un joli jeudi; les nuages se cachaient derrière le ciel & c'est qu'il y avait du monde là-dessous! Oui, cela faisait déjà plusieurs jours que le soleil s'y était réfugié; mais tant pis, j'avançais. & cela dans le noir des rues, ou plutôt dans l'ombre de mes cheveux (qui barraient litteralement la route de mes yeux). Rien de plus qu'un jeudi à funanbuler sur les pavés bordant le troitoir, à tanguer, bras étendus comme des ailes & des ailes qui fleurissent dans mon dos. Je buvais chaque instant; puis de jolies paires d'yeux vinrent cligner sur mes chaussures, de jolies paires d'oreilles pointues vinrent oïr mes pas qui faisaient basculer le monde. Enfin, des moustaches blanches de laine vinrent tracer leur chemin en point de couture, laissant place quelques millimètres plus loin a un petit rond blanc, le bouquet final, un museau, assurement. Voilà que deux gentils mistigris squattent mes souliers, désormais. Dans ma bulle, je déambule et par mille chemins me perds gentiment dans les orgies immenses dans lesquelles je baignais depuis une eternité (qui me paraissait bien courte), me semble-t-il. De nouveaux papillons papillonnèrent dans mon ventre, puis dans mes veines, mes poumons, mon coeur, tout mes organes frétillants, je sentais toutes mes cellules, toute la mécanique de mon corps trembler. Un mélange merveilleux, certainement le même qui poussa Lewis Carroll à écrire l'histoire d'Alice, peut être le même qui avive l'imagination de Tim Burton, forcement le même que celui des grands jours. Oui, rien de passionnant, juste mon corps & mon esprit vagabondants dans les rues & les brumes du printemps. & pourtant, rien de banal à mon état: je collectionnais les sensations. Oui, le cathalogue était immense. On m'avait greffer de la vie, la mélodie de mes poumons me faisait planer. Le monde semblait faire une marche arrière dans sa mécanique & tout tournait presque parfaitement rond, tout était bien. Mes ombres tournoyaient autours de mes pieds, quand l'une rattrappait l'autre, l'autre talonnais la suivante. Elles tournoyaient autours de mes pieds comme de grandes aiguilles d'horloge qui tournent grâce à la lumière du soleil encore craintif; un tourbillon dans lequel il est merveilleux de se perdre. Oh, & les sens! Ils font tous échos de mon esprit, tout plein de mots, de lettres & de syllabes s'envolent virevoltent, il semble qu'il se prononcent à l'envers, j'entends là des sons qui crépittent, ils me parlent & me chatouillent les oreilles comme si l'on séparait les pétales d'une fleur. Puis de gentilles gouttes salées traversent inopinément mon visage, mes joues en sourient, mes cheveux s'y collent. C'est doux & fait frissonner mon coeur qui bat à cent mille. Le sol semble me bercer, il tangue & me fais osciller. Je ne marchais pas droit avant & maintenant, je danse. Je marche dans de la neige, un nuage, de la pâte à modeler, tout en même temps, tout semble s'accorder asymetriquement. Mes pas font chacun un son different, comme une note mélodieuse comme une partition de piano où chaque cliquetis de touche à sa couleur. Mes bras se détachent, mes membres se perdent. Je vis dans un kaléidoscope géant & rien que le mot me parait une montagne russe. J'avoisinait les orgies les plus démentes, sans les atteindre & ce statut me convient à merveille. Je semble changer, me mouver à l'interieur de mon être, je mue & me transforme. La vie est belle. Mes binocles crèchent maintenant sur mon nez, je perçois mieux les détails insignifiants de la vie comme les bourgeons des fleurs, les points noirs des meks.. J'attrape mon argentique, le pends à mon cou, & tout m'émeu. Le moment n'est pas pour l'instant à capturer, il est à vivre. Mon crâne se relève, j'observe à nouveau ces nuages joueurs qui font un cache-cache dans le ciel, s'amusent à vive allure & forment ainsi des des arabesques de nuances & des arches de malice. Je m'arme de mon appareil, son gros calibre fait un boucan d'enfer & tout son mécanisme se loge à merveille entre mes doigts glacés. Un bric-à-brac marquent mon kidnappage de ce paysage déjà changé, ces ruelles illuminées désormais, un nouveau monde à mes pieds. Le basculement d'un temps retourne les coeurs & je peux l'affirmer: J'ai changé & je changerai.
KALEIDOSCOPE.